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Localisation des stades de football à Liège : pour une stratégie à l'échelle de la ville

dimanche 30 novembre 2008,

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Les deux grands clubs de football de l’agglomération liégeoise — le Standard et le Royal football Club de Liège (RFCL) — ont exprimé ces dernières années le besoin de construire de nouvelles infrastructures : le stade de Sclessin est devenu trop petit pour le nombreux public des « Rouches ». En outre, il ne respecte plus, explique la direction du club, les normes (de plus en plus sévères) exigées par l’UEFA pour y organiser des rencontres européennes. Le RFCL, depuis la destruction du stade de Rocourt, manque quant à lui tout simplement d’un lieu fixe où s’installer durablement. L’hypothèse d’une candidature belgo-néerlandaise à l’organisation de la coupe du monde de football en 2018 ajoute à l’affaire une dimension internationale et une échéance, suffisamment éloignée pour éviter la précipitation, mais suffisamment proche pour qu’il faille y penser dès à présent.

Il semble que, pour l’un comme pour l’autre de ces deux clubs, des décisions sont en passe d’être prises dans les prochaines semaines. À l’approche de cette échéance, l’association urbAgora souhaiterait formuler les remarques, questions et propositions suivantes.

1. L’enjeu du ou des stade(s) est particulièrement important pour la ville dans son ensemble. Il mérite donc un débat public et l’intervention de tous les acteurs de la vie démocratique est légitime dans ce dossier. La décision ne devrait pas être du seul ressort des clubs, ou du ministre des sports, mais être débattue plus largement : au-delà de la dimension sportive du dossier, celui-ci doit être envisagé comme un enjeu d’aménagement du territoire.

2. Il faut lier les deux dossiers, celui du Standard et celui du RFCL, en cherchant — c’est le moins qu’on puisse attendre — les complémentarités entre les deux projets voire en envisageant, comme le propose le bourgmestre de Liège, un stade commun pour les deux clubs, gage d’économie substantielle de moyens publics (quand bien même le Standard aurait, comme il l’annonce, les moyens de construire son stade sur fonds privés, nul doute que le secteur public sera sollicité — et c’est normal — pour les aménagements avoisinants). La rivalité sportive entre les deux clubs n’en serait pas nécessairement affectée, comme le montrent divers exemples en Belgique (Bruges) ou à l’étranger (Milan). Si la mise en place d’une infrastructure commune devait s’avérer trop difficile, il serait souhaitable de concevoir l’enceinte du RFCL comme un outil polyvalent et de confier sa construction et sa gestion aux pouvoirs publics (qui le loueraient à plusieurs occupants). Nous émettons par contre des réserves quant à l’ouverture annoncée au côté du stade d’un énième pôle commercial — galerie commerciale ou shopping center — dans une agglomération liégeoise qui, selon toutes les études sur le sujet, est en saturation sur ce plan.

3. Il serait heureux de ne pas reproduire le fiasco de l’actuel stade de Sclessin, obsolète moins de dix ans après une très lourde rénovation réalisée en bonne partie sur fonds publics (environ 9 millions d’euros). Un tel gaspillage n’est tout simplement pas acceptable. Il faudra donc éviter de travailler dans l’urgence et se donner les moyens d’anticiper, de façon à éviter que le nouveau stade ne soit désuet quelques années après sa construction : les futures normes de l’UEFA mais aussi les mesures d’économie d’énergie, notamment en ce qui concerne la possibilité d’accéder facilement au site par d’autres moyens que la voiture.

4. Le ou les nouveau(x) stade(s) doi(ven)t donc absolument être localisés en tenant compte des transports en commun : proximité immédiate d’une ligne de chemin de fer, localisation sur le futur réseau de tram, accessibilité aisée depuis la gare des Guillemins. L’accessibilité routière est également importante : proximité d’une sortie d’autoroute, possibilité de parking aisé pour les cars de supporters.

5. Loin de se limiter à sa dimension sportive, le nouveau stade devra être conçu comme un pôle de développement urbain, ce qui implique une localisation en milieu urbain plutôt que périurbain (Sclessin, Glain, Coronmeuse... plutôt que Wandre ou Alleur) ainsi qu’une réflexion sur des aménagements alentours pour inscrire le stade dans un projet plus large et profiter son arrivée pour développer tout un quartier (espaces publics, parc,...).

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6. urbAgora ne souhaite pas se prononcer en faveur d’un site ou l’autre avant d’avoir pris connaissance de l’étude qui est en cours. Nous attirons néanmoins l’attention sur un site qui n’a pas encore été évoqué dans le débat public et devrait être ajouté à la liste des localisations envisageables à étudier : il s’agit du terrain situé entre la gare de Bressoux et la Meuse. Grand d’une vingtaine d’hectares, il présente un certain nombre de caractéristiques particulièrement intéressantes : excellente accessibilité en transports en commun (via la gare de Bressoux, voire, dans le cadre d’une réflexion plus large sur l’ensemble de la zone, par un accès au tram via une passerelle à créer au-dessus de la Meuse, vers le parc Astrid et Coronmeuse), bonne connexion au réseau autoroutier, localisation de nature à dynamiser un quartier qui en a besoin, nombreuses possibilités d’aménagements intéressants (création d’un parc juste à côté de Droixhe, mais aussi et surtout transformation de l’autoroute en boulevard urbain entre le pont-barrage de Monsin et Droixhe, dont on sait qu’il s’agit d’une partie de la solution pour dévier le trafic de transit qui détruit les quais de la Dérivation). L’assainissement de ce site, très pollué à l’heure actuelle, est programmé et financé par des fonds régionaux et européens, avec la perspective d’y installer un parc d’activités (lequel devrait donc, dans cette hypothèse, se voir affecter un autre espace, ce pour quoi les possibilités ne manquent pas). Notons qu’un autre site qui répond à ces critères est tout simplement celui... de Sclessin (le site actuel, moyennant une réorganisation des voiries, ou le terrain voisin).

7. Sur base des critères énoncés aux points précédents, il faut également souligner que le site d’Alleur, actuellement préconisé pour l’implantation du stade du RFCL (pour des motifs qui tiennent de toute évidence surtout aux intérêts propres de l’homme fort des lieux), est un très mauvais choix, surtout si on a l’espoir que ce club, dont les amateurs rappelleront qu’il est riche d’une longue histoire au plus haut niveau, remonte en première division dans les prochaines années (avec augmentation du public à l’avenant). Concernant le site de Coronmeuse, urbAgora s’inquiète des conséquences qu’aurait l’implantation du stade à ce endroit. En particulier, nous nous opposons à la destruction du bâtiment actuellement occupé par la patinoire. Cet édifice est un témoin remarquable de l’architecture des années ’30 à Liège, ancien palais de la ville de Liège lors de l’exposition internationale de l’eau en 1939 (architecte Joseph Moutschen), qui mérite à ce titre d’être préservé, tout comme l’ancienne école Reine Astrid, remarquable témoin de l’avant-garde architecturale belge (L’Equerre, 1939). Ces deux biens sont répertoriés à l’inventaire de la Division du Patrimoine de la Région wallonne (Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, 2004) comme méritant une protection, « une attention particulière, qui peut aller jusqu’au classement ». Par ailleurs, dans une telle implantation, le parc Astrid, doté d’arbres centenaires et d’un cadre propice aux activités de plein air comme le Festival Les Ardentes, devrait conserver impérativement son caractère public.

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