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Pour une gestion publique des (éventuels) vélos partagés liégeois

mercredi 8 juillet 2009,

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Plusieurs communes de l’agglomération liégeoise (Liège, Ans, Chaudfontaine, Herstal et Seraing) s’apprêtent à lancer un appel d’offre en vue de mettre en place un système de « vélos partagés », sur le modèle de Paris (Vélib’) et de très nombreuses grandes villes, désormais.

Indépendamment du débat sur les conditions nécessaires — notamment en matière d’aménagements urbains — à ce que cette opération soit un succès, conditions qui ne sont pas du tout réunies à ce jour, il semble également utile de se poser dès à présent la question du mode de gestion du système. La plupart des exemples existant en Europe ont vu le triomphe de la gestion privée des systèmes de vélos partagés : les grandes multinationales du secteur de la publicité que sont (surtout) JC Decaux et (dans une moindre mesure) Clearchannel trustent ce marché.

Malgré la complexité des systèmes techniques mobilisés, une gestion locale et publique est pourtant techniquement possible, comme le démontre l’exemple de Montréal où le système « BIXI », qui vient d’être inauguré au printemps (avec, d’ores et déjà, un succès considérable |1|), a été intégralement développé par la société publique « Stationnement de Montréal ».

Les arguments en faveur d’une gestion publique sont de taille :

— Les inconnues relatives à la gestion de ce système étant nombreuses (quelle sera la fréquentation ? quelle sera le coût réel du système ?), il semble peu probable que les pouvoirs publics soient en position de négocier un contrat favorable aux intérêts de la collectivité. À l’inverse, une gestion publique permettra une souplesse et une adaptation progressive du système aux besoins de ses utilisateurs, sans avoir à multiplier les (coûteux) avenants au contrat.

— Une gestion publique permet de ne pas se mettre en situation de dépendance technologique : actuellement, les vélos proposés par les principales sociétés présentes sur le marché font l’objet de multiples brevets et les différents systèmes ne sont pas compatibles entre eux. En conséquence, il est impossible pour les pouvoirs publics de changer de prestataire sans remplacer complètement le parc de vélos (comme cela s’est passé récemment à Bruxelles), ce qui est inutilement coûteux et impopulaire. Une alternative à cette situation pourrait être la mise en place d’une association de villes qui ferait développer son propre système de vélos, garantie d’une indépendance technologique.

— Une gestion publique pourra donner des garanties en matière de protection de la vie privée plus importantes que le secteur privé. Dans la mesure où les sociétés publicitaires cherchent à mettre au point des systèmes permettant d’adapter les panneaux publicitaires en fonction des gens qui se trouvent à proximité |2|, les systèmes de vélos partagés sont potentiellement très sensibles sur ce plan, puisqu’ils permettent, via une électronique embarquée souvent très (trop) développée, de réunir des données très précises sur les habitudes des utilisateurs du système.

— Une gestion publique facilitera la recherche de complémentarités avec les transports en commun et son intégration dans la politique urbaine. À cet égard, le TEC ou une régie autonome pourraient être chargés de la gestion du système. Il pourrait également être possible de le confier à la gestion d’une association, sur le modèle de ce qui s’est longtemps pratiqué à Toulouse avec le système « Movimiento ».

— Une gestion publique permettra d’éviter que le progrès écologique se fasse au prix d’une régression sociale. On sait en effet que la société JC Decaux fait fabriquer en sous-traitance ses vélos à Toszeg, en Hongrie pour un salaire de 2 EUR de l’heure |3| (moins de la moitié du salaire moyen hongrois) et les employés parisiens du « Vélib’ » dénoncent régulièrement les conditions de travail et le niveau de rémunération |4|.

En conséquence, l’asbl urbAgora demande aux responsables publics d’étudier sérieusement cette option. La gestion publique de l’éventuel système de vélos partagés peut, selon nous, créer plus de richesse collective qu’un service privé, par la qualité de l’emploi qu’elle permet, par l’adaptation plus fine aux besoins de la population qu’elle autorise, par l’absence d’exigence de rentabilité à court terme.

Pour en savoir plus, réécouter en ligne la conférence-débat co-organisée sur le sujet par le Gracq et urbAgora le 21 avril 2008.

|1| À tel point que la première phase — 3000 vélos — va être suivie dès cet été d’une seconde, avec 2000 vélos supplémentaires, tandis que l’exportation du système mis au point par la municipalité montréalaise est pour le moment étudiée à Ottawa, Québec, Vancouver, Toronto, Seattle, Los Angeles, New York, Boston et Londres. Cf. http://www.ledevoir.com/2009/07/04/257822.html.

 

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3 messages

Pour une gestion publique des (éventuels) vélos partagés liégeois
posté le 9 juillet 2009 par Ø

Une gestion publique permettra par la création d’une quelconque asbl ou intercommunale (si le projet s’étend sur plusieurs communes) de récompenser un nombre appréciable d’affidés par l’une ou l’autre nomination au conseil d’administration avec jeton de présence, voiture et chauffeur pour les président et vice-président.
Il permettra également de récompenser quelques bons électeurs en les engageant comme ouvriers ou employés dans la nouvelles structure.
N’oublions pas les différents groupes et commissions d’étude se court-circuitant les uns les autres ni surtout un cabinet de réviseurs bien connu de la place pour contrôler les comptes de cette nouvelle galaxie institutionnelle.

Avec un peu de chance, nous aurons nos vélos partagés dans une vingtaine d’années.


Pour une gestion publique des (éventuels) vélos partagés liégeois
posté le 9 juillet 2009 par Virginie B

Bonjour,
Pour toutes les raisons que vous citez, je ne peux qu’approuver et vous encourager dans ce sens ! Depuis peu, j’essaie d’utiliser le vélo pour circuler en ville et surtout vers la gare. Je me suis rendue compte à quel point la Ville de Liège est inadaptée à la circulation en vélo : pistes cyclables quasi inexistantes, revêtement des routes mal entretenu et dangereux pour les cyclistes, comportement des automobilistes inconscient,... (et ne parlons pas de la sécurité des enfants) Il y a donc du boulot !
La mise à disposition de vélos partagés est vraiment une excellente idée. (à condition qu’il y en ai à de nombreux endroits)
Mais seule une gestion publique, pourrait tenir compte comme vous le dites de tous les paramètres nécessaires à une bonne circulation des cyclistes en ville,... à condition que ce soit géré par des mandataires publiques intelligents et qui croient en ce projet !
J’espère vraiment que ce sera le cas, nous avons tous à y gagner.


Pour une gestion publique des (éventuels) vélos partagés liégeois
posté le 9 juillet 2009 par Ben

Vous décrivez le problème numéro 1 à l’installation de ces fameux vélos partagés Liégeois : le réseau cycliste urbain est quasi inexistant.
Chutes de trottoirs de 20cms, restauration du pont Maghin sans y incorporer des pistes cyclables (qui pourtant sont "définies" du côté de la Caserne fonck par de petits triangles verts aussi peu visibles qu’utiles), reconstruction du Boulevard d’avroy et du Boulevard de la Sauvenière en 2x2 bandes voitures + 2 bandes de bus et 2x1,5m de "verdure" (Cela coutait trop cher de nous laisser 2x1m pour circuler en sécurité), j’en passe et des pires.

Comment vont apprécier ces nouveaux usagers tous ces aspects négatifs ? Ils retourneront bien vite à la sécurité et la rapidité (toute relative une fois qu’on a connu le vélo) du déplacement en voiture. De plus, ce seront des cyclistes "amateurs" qui prendront la route avec ces vélos partagés, qui n’auront pour la plupart jamais roulé en condition de circulation dans la ville : comment "s’imposer" en tant que cycliste sur la route sans être désagréable mais en pensant à sa sécurité avant tout, comment prendre sa priorité de droite, comment se signaler correctement (pas évident de freiner dans une descente des deux freins et d’indiquer sa direction), comment rouler droit (...), comment ne pas griller les feux (j’en vois des dizaines qui se croient invincibles face à 2 tonnes de métal) et comment communiquer courtoisement avec un automobiliste qui n’a pas conscience de votre présence (ou qui fait semblant, dans ce cas, passer à la méthode vicieuse du n° de plaque et de plainte à la police après dialogue avec le chauffard).

Bref, voilà 3 ans que je paie des impôts à cette ville et que je constate que les promesses faites pour aménager la ville pour les vélos restent lettre morte (l’exemple de la "piste cyclable avec feux" du Boulevard d’avroy est ridicule quand on voit la piste se terminer sur un passage pour piéton (...))

Néanmoins, il est évident qu’une gestion publique INTELLIGENTE (ce n’est pas gagné, nous le savons) vaut mieux qu’une gestion privée qui ne servira absolument aucun intérêt commun (regardons déjà les services de la poste qui ne cessent de baisser en qualité et d’augmenter en tarifs, les TEC qui rendent les zones lointaines et peu denses vraiment innaccessibles)


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