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Un nouveau parking de 1000 places à la Citadelle : pour urbAgora, c'est non !

vendredi 14 juillet 2017, par Laurent Nisen

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Avis dans le cadre de l’enquête publique préalable à l’étude d’incidences sur l’environnement relative au projet de construction d’un parking sur le site du CHR de la Citadelle (dossier n°4622)

Monsieur le bourgmestre,
Monsieur le directeur,

Je vous écris pour vous faire part de l’opposition de l’asbl urbAgora au projet de construction d’un parking d’un millier de places sur trois niveaux, sur le site de la Citadelle.

Nous demandons à l’autorité publique de refuser ce projet pour les raisons suivantes.

a) Dans une agglomération qui connait d’importants engorgements de circulation et un partage modal extrêmement déséquilibré en faveur de la voiture, dans un contexte mondial, aussi, où chaque semaine apporte son lot d’informations nouvelles sur le cataclysme climatique qui se prépare pour les générations qui nous suivront, l’heure devrait être à l’organisation d’un transfert modal massif vers le transport public et les modes doux. L’agglomération de Liège dispose dans ce domaine d’une considérable marge de progression mais continue pourtant à multiplier les investissements orientés vers le tout-à-la-voiture — lotissements périurbains monofonctionnels |1|, centres commerciaux en bordure des axes routiers, nouveaux parkings |2| et même projet de nouvelle autoroute |3|. Cette difficulté à réorienter la politique d’aménagement est préoccupante à nos yeux.

b) Le quartier de Sainte-Walburge connait d’ores et déjà une situation de saturation automobile fort préjudiciable à la qualité de vie et à la santé de ses habitants. L’étroitesse des voiries du quartier et la densité de son habitat devraient plaider vers d’autres solutions qu’une augmentation du nombre de places de stationnement sur le site de la Citadelle, qui ne peut qu’accroitre la pression automobile sur le quartier, en vertu du désormais bien connu effet d’appel. Nous notons d’ailleurs que les options déclarées du réaménagement des voiries d’accès à l’hôpital (par le SPW, la SRWT et la Ville de Liège) — même si ce projet est loin d’être satisfaisant |4| — sont contradictoires avec le projet d’une extension du nombre de places de stationnement sur le site de l’hôpital.

c) Nous craignons donc que s’il devait être réalisé, ce parking ne constitue un argument à la remise à l’ordre du jour de la liaison E313/CHR, qui serait dévastatrice pour le quartier et a soulevé une très massive levée de bouclier de la part des habitants. Une telle politique serait un moyen sûr de faire fuir à nouveau des centaines voire des milliers d’habitants vers la périphérie. Après cinq décennies de cette politique mortifère, il est plus que temps que la Ville de Liège pèse de tout son poids pour une orientation différente, centrée sur la qualité de vie des habitants et non sur les logiques de pénétration urbaine par l’automobile.

d) Enfin, la forme du projet présenté est gravement attentatoire au site exceptionnel de la Citadelle, site paysager et patrimonial de grande valeur qui serait défiguré par le présence de ce nouveau parking. Il ne respecte pas le « centre ancien protégé » dont la Citadelle fait partie.

Ce projet nous semble d’autant plus résistible qu’il existe des alternatives, aujourd’hui peu ou pas mises en œuvre.

a) L’aménagement d’un premier « P+R » à la sortie de l’autoroute E313, à Vottem, est un premier pas dans la bonne direction, même si le nombre de places proposé sera faible. Il doit être valorisé dans une stratégie de mobilité d’ensemble — ce qui n’est ouvertement pas le cas avec ce projet d’extension du parking sur le site de la Citadelle.

b) La création d’une ligne de bus métropolitaine rapide et à haute fréquence dite « 148 » pourrait à notre sens partir de Vottem et rejoindre le CHU en passant par le CHR, la place Saint-Lambert, la place du XX Août, le Longdoz et le campus |5| : elle pourrait améliorer significativement l’accès à l’hôpital, notamment en supprimant la rupture de charge actuellement inévitable depuis plusieurs quartiers de la rive droite. Sa mise en œuvre pourrait se faire en quelques mois, si le TEC en décidait ainsi.

c) La création d’une ligne de bus métropolitaine de rocade entre la gare d’Ans et Herstal via la Citadelle permettrait de connecter la gare d’Ans, pôle de mobilité majeur en devenir et porte du plateau hesbignon.

d) Le téléphérique |6| offre quant à lui |7| une solution très fiable et de très grande qualité vers le réseau ferroviaire, qui pourrait permettre, dans le cadre du développement de l’offre « S » de la SNCB (« REL ») une liaison plus efficace que la voiture vers de nombreuses destinations en Hesbaye (Liers, Juprelle, Glons, Tongres,…) ou dans les vallées de la Meuse (Seraing, Flémalle, Engis, Amay, Huy, Wanze…), de l’Ourthe (Tilf, Esneux, Comblain,...), de l’Amblève (Aywaille, Trois-Ponts,…) et de la Vesdre (Chaudfontaine, Trooz, Pepinster, Verviers) voire même vers la Basse-Meuse (Jupille, Wandre, Cheratte, Argenteau, Visé,…), si un franchissement ferroviaire du fleuve |8| était enfin intégré dans les plans de développements de Bressoux et Coronmeuse, ce dont nous ne désespérons pas. Le téléphérique renouvelle la manière d’appréhender la contrainte topographique et, à l’instar d’autres projets |9| facilite la circulation des cyclistes entre la vallée et le plateau.

Nous sommes conscients du contexte de concurrence dans lequel doit jouer le CHR et il est important à nos yeux de protéger le service public et de lui permettre de se développer. Mais comme cependant convaincus que le CHR fait triplement fausse-route en misant son avenir sur l’accessibilité automobile à tout crin.

a) Il est faux de prétendre, comme le fait le CHR, que la grande majorité de ses travailleurs et usagers ne peuvent se déplacer qu’en voiture. Il suffit de regarder la situation d’autres hôpitaux urbains dans des pays comme la Suisse, les Pays-Bas ou l’Allemagne pour se rendre compte qu’il est parfaitement possible, pour une grande institution hospitalière de diversifier les modes de transport qui la desservent. Cela suppose une offre de transport publique de meilleure qualité, et notamment d’une amplitude horaire plus grande, ce qui est la tendance aujourd’hui dans la plupart des grandes villes européennes (une fois encore, le rôle du TEC est déterminant). Mieux : cette politique de diversification modale, en limitant la congestion routière, est la manière la plus sûre de garantir que l’accès des personnes qui ont réellement besoin d’un accès motorisé (et le cas échéant d’un urgent, en ambulance ou autrement) à l’hôpital puisse continuer à bénéficier de celui-ci.

b) En choisissant un mode de développement qui nuit ouvertement à ses riverains, le CHR s’expose à l’opposition de ceux-ci. Cette conflictualité nous semble dommageable et évitable. Après l’épisode de la liaison routière vers l’E313, le CHR est une nouvelle fois en train de perdre beaucoup de temps à pousser des solutions qui s’avéreront finalement incompatibles avec l’intérêt du plus grand nombre, perdant encore et encore du terrain sur ses concurrents privés, tout en abîmant son image dans la population. En misant, au contraire, sur des solutions positives pour le quartier (comme le téléphérique), le CHR pourrait se poser en leader de la transition énergétique et bénéficier des retombées de ce positionnement.

c) L’évolution de la technique (ainsi que du contexte climatique, s’il est pris au sérieux) va anémier à moyenne échéance l’utilité des parkings en ouvrage. La voiture autonome sera une réalité incontournable dans moins de 10 ans : elle devrait amener un modèle de mobilité automobile radicalement différent de celui que nous connaissons |10|, dans lequel le parking devient peu voie plus du tout utile. On commence d’ailleurs à observer un mouvement de désengagement du secteur de la part des investisseurs les plus avisés, pour cette raison |11|. En misant aujourd’hui sur la construction de vastes parkings (qui mettront plusieurs décennies à être amortis), nous pensons que le CHR gaspillerait l’argent public et se mettrait tout seul en difficulté.

Dans ces conditions, dans un contexte aussi où l’accès aux services aux services hospitaliers est de plus en plus difficile pour les personnes qui ne disposent pas d’une voiture |12|, nous plaidons pour une réorientation profonde de la stratégie de mobilité de l’hôpital et de la Ville et pour l’investissement des montants envisagés dans des solutions alternatives. Nous pensons que votre rôle dans cette évolution, Monsieur le bourgmestre, Monsieur le directeur, est tout à fait central.

Veuillez recevoir, Monsieur le bourgmestre, Monsieur le directeur, nos salutations les meilleures.

Laurent Nisen
président

 

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